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Progresser en parapente => Météo aérologie => Discussion démarrée par: paul le 01 Octobre 2017 - 15:10:09



Titre: Conflits
Posté par: paul le 01 Octobre 2017 - 15:10:09
Il existe une notion qu'il est impératif de bien appréhender avant d'aborder l'aérologie qui baigne les bassins hydrologiques complexes que l'on trouvent en zone de montagne, et tout particulièrement en conditions stables, là où les parapentistes ont le plus de mal à rester sur les hauts reliefs et/ou sont le plus exposés aux fortes brises de vallée qui se développent à partir de la mi-journée.

Elle découle de la pluralité des influences locales et climatiques qui les baignent, avec plus ou moins de violence et des propriétés des fluides.

DEUX MASSES D'AIR DE CARACTÉRISTIQUES DIFFÉRENTES NE SE MÉLANGENT PAS SANS HEURTS !

Si cela est généralement bien connu quand il s'agit d'écoulements froids d'origine catabatique.

S'ils peuvent être tempétueux en Himalaya ou dans les régions polaires, ils sont généralement bien anticipés et gérables en zones tempérés, comme les horaires des marées en bord de mer.

Il n'en est pas de même des phénomènes non réguliers, correspondants à des aléas climatiques dont les signes précurseurs sont peu ou pas veillés.

Tels sont les phénomènes dénommés :

- VENTS DE PORT (au sens de col),

- FRONTS D'ADVECTION.

Ils sont essentiels à la compréhension de l'aérologie des croisements de vallées et autres zones de cuvettes dominées par des crêtes périphériques, des cols et autres défilés forgés par l'érosion glaciaires ou fluviale.

Les phénomènes aérologiques que peuvent engendrer ces passes sont à l'aune des phénomènes naturels colossaux qui les ont formées, tout particulièrement lorsqu'elles sont situées au voisinage de l'inversion.

Ce sont des VANNES de déferlement, des SOUPAPES fusibles pour des masses d'air qui se heurtent à des barrières naturelles, en particulier lorsque ce sont des stigmates de fronts polaires.

Le danger représenté par un front froid a été plusieurs fois rapporté.

Il est particulièrement piégeux lorsque qu'une masse d'air froide progresse en plaine sous l'inversion et aborde de biais de telles barrières naturelles.

Un cas d'école est représenté par l'alignement nord-sud, en arêtes de poisson, des crêtes descendant en versant nord des plus hauts sommets pyrénéens

Lorsque survient un front froid progressant insidieusement en plaine poussé par un vent faible, il est masqué par l'opacité de l'inversion et n'apparait parfois même pas sur les cartes météo.

En rencontrant le relief, le flux s'infléchit et accélère, comme expliqué ici :

http://www.parapentiste.info/forum/sites-de-vols/compression-et-venturis-au-vent-du-relief-influence-de-linversion-advection-t49138.0.html;msg616255#msg616255

C'est à ce moment là qu'il rencontre ces crêtes basses qui le bloquent, provoquant la condensation au vent du relief et la redescente de langues brumeuses par les ports (cols à palombes... quand il y en avaient encore des dizaines de milliers en migration) qui est le seul signe précurseur du "tsunami" froid qui va bientôt surgir en fond de la vallée, avec les mêmes effets qu'un vent catabatique que l'on aurait soudain libéré...

La suite, c'est là : http://www.parapentiste.info/forum/sites-de-vols/sites-du-mourtis-faces-sud-en-versant-nord-des-pyrenees-t33522.0.html;msg431347#msg431347





Titre: Conflits (2)
Posté par: paul le 01 Octobre 2017 - 16:04:51

Une fois que l'on a compris cela, il faut prendre conscience que ce sont dans une moindre mesure les mêmes types phénomènes qui se produisent en fait continument au cours de toutes nos journées volables (et les autres aussi).

Sous l'effet du vent et/ou des brises de vallée, les effets moteurs se conjuguent ou s'affrontent, pour ralentir ou accélérer les brises ou l'activité thermique, créer des venturis ou des confluences, là ou il ne devrait pas y en avoir si les masses d'air se mêlaient sans conflits.

Et la plus fréquente raison à cela est que le cheminement suivi par deux écoulements de même origine suffit à en différentier suffisamment les caractéristiques.

Aspirées vers les mêmes cirques d'altitude qui ont été les 1ers à capter les rayons du soleil, fussent-elles issues du même piémont, si elles ne parcourent pas les mêmes vallons, ne franchissent pas les crêtes du piémont à la même altitude, ou au contraire ont pris la route directe de l'affluent principal du bassin hydrographique, les brises seront devenues différentes ou même très différentes (vitesse, température, hygrométrie) quand elles se retrouveront, pour le meilleur (dynamiques, confluences, réalimentation des collecteurs thermiques) ou le pire pour nous (turbulences, cisaillements, rotors verticaux, etc.) !

Il en ainsi de toutes brises montantes.

Notez que c'est aussi le cas des descendantes.

Mais nous ne sommes généralement pas assez matinaux pour le constater.

Et les exploiter - j'ai connu des pilotes qui commençaient leurs journées à 6h du matin par de longs soarings, surfant les brises descendantes sur des verrous glacières ou des berges de rivières sinueuses.
Avantage : pas de turbulence thermique, aucun risque de "dust" alors que les 1ers rayons de soleil commencent à peine à lécher les sommets :)
Les moins : un vol en local, solitaire (pas beaucoup de volontaires pour mettre le réveil à 5h) donc pas très safe, des turbulences d'écoulement et des cisaillements toujours possibles à la confluence de deux vallons..  et la rosée... des litres ! qui trempe tout, pilote comme matériel - le sac de pliage rapide s'impose puis un espace de séchage.

PS : ceux qui ont lu ma proposition d'étudier l'hydrographie dans le cadre de la formation théorique préalable à l'acquisition du Bp et du Bpc doivent ici mieux comprendre mon propos



Titre: Apparté / Fil "Conflits"
Posté par: paul le 01 Octobre 2017 - 16:39:57
C'est là

http://www.parapentiste.info/forum/incidents-accidents-de-parapente/table-ronde-secu-a-icare-t49020.0.html;msg615119#msg615119

Si le 1er axe est effectivement un réel apprentissage des mécanismes de la prise de décision, le second -qui peut être paraître singulier- est bien l'étude de l'hydrologie et l'intérêt qu'elle représente pour bien appréhender la mécanique des écoulements et des conflits de masse d'air dans les bassins hydrographiques

Pour mémoire :

T4 – Environnement aérien :

b-   Météorologie, frontologie, thermique (convection, rayonnement), hygrométrie,

c-   Aérologie, hydrologie (si, si… Cf. pour l’exemple l’étude de l’aérologie des sites du Mourtis en doc PDF téléchargeable sur le Blog des Ailes du Mourtis comment cela peut aider à comprendre et à anticiper les phénomènes de brises et de ports, les cisaillements, les confluences, les gradients verticaux, etc.


C'est une ambition : celle de donner aux élèves pilotes puis aux candidats au BPC la capacité à imaginer et construire des schémas mentaux aérologiques globaux c-'est à dire qui aillent au dedans du seul espace masqué par leurs pieds devant eux en vol.

Comme cela me semble avoir été trop souvent le cas de nombreux pilotes qui ont postulé au Bpc ces 20 dernières années... pour aller se former (?) en compétition... ou en prépa qualif biplace (??) ... ou plus loin, vers la formation d'encadrant et de formateur (???)

J'ai aussi souvent été interpelé par le niveau de connaissance de certains moniteurs fédéraux par rapport à des BE. Et surtout par le fait que cette connaissance était le plus souvent le fait d'une démarche personnelle menée avec persévérance bien avant que l'idée de partager ce savoir-voler n'émerge.

Et c'est l'évaluation de la pertinence de cette analyse et de cette ambition que je proposerais dans un cadre que je ne saurais définir d'expérimenter l'idée d'un MOOC hivernal que je remets ici sur la table.

Et de souhaiter voir réconcilier à travers le panel d'élèves volontaires à l'expérience les profils "fonceurs" et les "anxieux -j'y vais mais j'ai peur et je veux comprendre" (dont je crois faire encore partie) la même culture : celle d'une pratique de vol de plaisance construite ET performante au niveau de chacun


Forumistes béotiens, éminent Flying'enclume, est-ce plus clair ainsi pour vous ?


PS2 : spéciale dédicace à ceux qui alors persisteraient à voler, à partir en cross ou à lancer des manches de compétition devant des fronts froids, même atténués